Une grand-mère perdue - Juio Foret

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Une grand-mère perdue

Une grand-mère perdue - Juio Foret

Je venais de recevoir un coup de fil de ma sœur, m’annonçant le décès, ce samedi, de ma grand-mère. Je m’étais promis de la voir avant qu’elle ne parte. J’ai manqué de temps. Je m’en veux énormément. Je restais ce jour-là, près du téléphone, pour organiser au mieux son enterrement qui allait avoir lieu le lendemain, faute de temps pour tout le monde. Je rappelais toutes les deux heures, ma maman pour la consoler et la réconforter. En début d’après-midi, après quelques discussions avec quelques cousins, mes oncles et tantes, nous décidions de nous retrouver tous dans la maison de notre grand-mère, pour voir à la gestion du patrimoine de notre grand-père. À mon arrivée, la plupart de mes oncles étaient assis autour du comptoir de la cuisine de ma grand-mère, un verre à la main. Je devinais à l’atmosphère qu’il y avait déjà de l’orage dans l’air.

Je saluais tout le monde un par un, en commençant par mes tantes. Ce ne fut pas une simple affaire de passer entre elles. Les deux premières faisaient peine à voir, tant leurs pleurs faisaient grincer des dents. Quant aux deux autres, malgré le décès de leur mère, elles n’arrivaient pas à s’empêcher de faire quelques sarcasmes à tout-va. Du côté de mes oncles, l’alcool avait déjà bien fait son effet. Entre les fous rires retenus de certains et les grognements des autres, il ne manquait plus qu’un jeu de cartes pour que le tableau soit parfait. Plusieurs cadavres de bouteille étaient déjà alignés sur le comptoir. À ce moment-là, je pensais dans ma tête, vivement que le pasteur arrive tout de suite. Je me tournais enfin vers mes cousins et cousines. Malgré le temps, pour moi, leurs visages semblaient ne pas avoir changé. Nous sortions tous entre cousins dans le jardin. Cela était préférable. La séparation des deux générations, parents/enfants, était préférable en ce jour.

Deux heures plus tard, nous étions tous au cimetière devant le cercueil de notre grand-mère. Le pasteur, du haut de sa taille, récitait d’une voix posée et forte des phrases bibliques qu’il avait sans doute récité des milliers de fois. Il ne pouvait s’empêcher de faire quelques silences à chaque fois qu’il posait le regard sur mes deux tantes et mes oncles à moitié éméchés. Les cousins faisaient le nécessaire pour empêcher que la cérémonie ne finisse mal. Quelques coups de pied et quelques pincements aux fesses étaient les seules armes pour éviter le pire. Après nos adieux à notre grand-mère, nous décidions de nous retrouver entre cousins dans le jardin notre grand-mère, le lieu de nos plus grands souvenirs d’enfance en commun. Les parents à l’intérieur de la maison s’envoyaient des noms d’oiseaux tandis que nous à l’extérieur, nous avions décidé de faire comme une sorte de banquet en mémoire à notre vieille mamie. Nous finissions la soirée, aussi ivres que nos parents. Après tout, nous n’étions que la suite de ces enfants et nous étions tous persuadés entre cousins qu’elle n’aurait pas voulus que cela en soit autrement.