Une façon ridicule de perdre un pari - Juio Foret

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Une façon ridicule de perdre un pari

Une façon ridicule de perdre un pari - Juio Foret

S’il m’avait été donné un dollar, à chaque fois que je devinais les parties du visage, ou du corps qui ont subi une chirurgie plastique, je serais en train d’entasser des piles de billets. C’était presque devenu une manie chez moi, de toujours pointer du doigt l’endroit où un scalpel avait fait quelques miracles, ou au contraire, quelques dégâts. Cela énervait particulièrement une bonne amie de ma sœur qui était esthéticienne, et qui économisait pour faire des études de chirurgie plastique. Elle me jurait qu’il était impossible de trouver des personnes sur qui on ne pouvait détecter le moindre passage entre les mains d’un bon chirurgien plastique. Après quelques jours de débats, nous faisions un pari. Si je venais à ne pas découvrir une seule fois, une quelconque transformation sur quiconque, je lui offrais mes vacances. Elle savait très bien que c’était quelque chose de très important pour moi de partir chaque année au Mexique. Je risquais gros, si je perdais. Seulement, j’étais persuadé qu’il était impossible que je ne remarque pas ce genre de détails.

Elle avait été assez maline pour me montrer des photos, où il me serait assez facile de nommer, même chaque endroit ayant subi un coup de scalpel. Nous étions bien à quelque 300 photos, lorsque je me trouvais pour la première fois, devant la difficulté de trouver les changements sur le visage d’un homme âgé. Au bout de quelques minutes, je lui rendais la photo lui disant que c’était certainement un piège, et que cet homme n’avait subi aucune chirurgie plastique. Elle me rendait la photo, en me certifiant qu’il y avait bien eu un changement, et me laissait encore quelques minutes avant que je n’abandonne. Je commençais à avoir quelques gouttes de sueur sur les tempes, à force de chercher. Je ne trouvais pas. Elle me donnait une photo antérieure à la chirurgie de l’homme. Je comprenais tout d’un coup. Il avait subi une blépharoplastie. Je dois dire que le chirurgien s’était montré particulièrement doué. C’était une perfection. Il y a tellement de leçons qui expliquent qu’il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires, que je n’avais aucune excuse face à ma défaite. Cependant, je venais de voir mes vacances s’envoler pour un pari complètement idiot. Je n’en tirais qu’un seul avantage, je me jurais de ne plus jamais parier de toute ma vie. J’avais tout le temps de mon congé annuel, pour méditer sur ce que je venais de subir.