Un grand frère trop parfait - Juio Foret

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Un grand frère trop parfait

Un grand frère trop parfait - Juio Foret

J’ai toujours admiré mon grand frère Paul,  il a toujours réussi ce qu’il entreprenait, il est la fierté de mes parents. À 18 ans, il a monté une compagnie avec son ami Gérard, ils avaient leurs locaux dans notre garage. À cette époque, je ne savais trop en quoi consistaient leurs activités, mais je voyais bien que cela marchait, et pour cause, juste une semaine après leur démarrage, ils ont engagé une secrétaire. À 35 ans, aujourd’hui, c’est le directeur financier d’une grosse entreprise. Mes parents ont toujours eu ce feu dans les yeux lorsqu’ils le regardaient. Au fond de moi, je pense que quelque part, moi aussi, j’étais fière de lui et de ce qu’il a fait de sa vie. Mais pourtant, je le détestais ! Je détestais ce qu’il représentait, je détestais la façon dont ma mère me parle de lui à chaque instant, le comparant à un Dieu vivant, car de mon côté, moi, je ne suis pas aussi érudit que lui. J’ai un travail qu’on ne peut même pas qualifier de travail, mais juste d’emploi ou d’occupation. Bref, à côté de mon frère, je me sentais toujours rabaissé et humilié. Pour toutes ces raisons, je ne m’entendais, ni avec mes parents, ni avec mon frère. J’ai quitté la maison assez jeune pour partir sur les routes, je ne retournais chez moi que pour les fêtes de Noël. Il fut même un temps où même pour Noël, je ne rentrais pas. Un jour, avec un groupe d’ami,  nous allions partir pour l’Europe lorsque j’ai croisé mon frère Paul  à l’aéroport, il allait se faire injecter du botox Montreal. Avoir un physique parfait, cela a toujours été une priorité pour lui. On ne s’était pas vu depuis 7 ans. J’ai pu voir qu’il n’a pas changé, toujours fière, arrogant, imbus de sa personne, et il me regardait toujours de haut. Il était en train de me demander ce que je faisais dans la vie, lorsqu’il a pris soudain cet air que je n’avais jamais vu chez lui. Il regardait dans le vide et il me demandait ce que fait une mouette sur ma tête. Bien sûr, je n’ai pas compris,  il a ensuite ajouté « Où est Louise »,  là encore, je n’ai rien compris. Soudain, il s’est écroulé par terre et on a dû l’emmener d’urgence à l’Hôpital. Les médecins nous ont expliqué qu’il avait besoin d’un greffe de rein assez rapidement. Je me suis immédiatement rapproché de son médecin traitant pour voir les démarches à faire, car j’allais lui donner mon rein. Ils m’ont fait faire des tests et j’étais compatible. Après quelques heures entre les mains des chirurgiens, nous sommes, tous les deux sortis du bloc en étant différents, moi, je réalisais que la famille était plus importante que tout et que j’aimais mon frère plus que tout. Quant à Paul, il m’a dit merci, il a pleuré en serrant ma main très forte.